Si l'acte créateur était une révélation non pas celle du mystère de l'apparition d'une nouvelle forme d'existence, mais plutot de la transmutation de l'infini en une chose définie et limitée, de la translation d'une partie de l'infini dans le monde fini- l'abstraction dans la peinture serait soutenue, par exemple, par l'idée de la Tsimtsoum entendue dans la Kabbale juive. Mais ce serait une Tsimtsoum invertie où le réel se contracte, se cache en lui-même, faisant abstraction de sa finitude et s'appliquant enfin une torsion afin que son essence infinie se dilate, se dévoile, juste le moment nécessaire et se contracte à nouveau pour réaffirmer le monde.
Mes toiles seraient alors comme les séfirot " mais pas au nombre de 10 " qui révèlent l'essence infinie de l'objet et constituent ses différents modes de manifestation dans le fini.
Pourtant rien de tout cela n'est vrai dans ma peinture. Elle n'est pas un conduit d'un quelconque flux divin, elle n'est reliée à aucune lumière première. Elle ne parle pas de chute. Elle est tout entière matière –pour moi, uniquement matière- et ne ferait au spectateur qui essaierait de la comprendre que lui révéler un peu plus sa folie. Si effectivement, chez elle, le réel se contracte sur lui-même, se torsionne et procède en boucle, c'est moins pour se réaliser que pour éprouver à ses dépends la vanité de toute appropriation du réel. Elle peut ressembler à un long soliloque halluciné, véhément et répétitif.
Le Pèse Nerf
ENTREE